Hassan Hachem: Du courage aux défis à relever

Il y a autant de défis  pour l’entrepreneur que pour le salarié. Lorsque l'on est salarié, on est exposé à de nombreux défis : l'entreprise peut fermer ses portes, se réorganiser, mettre en place un plan social, prendre une direction qui n'est pas compatible avec les objectifs de chaque salarié.... Mais lorsque l'on est entrepreneur, le niveau de défis est  différent....

...non seulement parce qu'il y a plus de décisions « sans filets » à prendre et, autant de possibilités d'erreurs à commettre, parfois graves de conséquences, mais aussi parce que le filet de protection autour de l'entrepreneur est très fin.  Pour obtenir des financements, l'entrepreneur doit souvent apporter ses biens personnels en garantie, il prend le pari de recruter des collaborateurs, sans jamais avoir la garantie que l'entreprise aura suffisamment d'argent pour les rémunérer ou que les collaborateurs recrutés soient les bons... et encore ce sont là, seulement quelques-uns  des paris que l'entrepreneur prend.
Hassan Hachem, né au Sénégal, serial entrepreneur franco-libanais nous livre son analyse sur la question.

« Le défi, c'est simple, c'est le quotidien de l'entrepreneur pour une seule et bonne raison : il doit prendre des décisions en permanence. Comme il n'existe pas de manuel de l'entrepreneur qui énumère la liste des décisions à prendre et des erreurs à éviter, l'entrepreneur doit imaginer les bonnes réponses et croiser les doigts d’avoir opté pour  les bons choix. Cela pèse tellement que de nombreuses personnes abandonnent l'entrepreneuriat au bout de quelques années ou continuent en vivant très mal la nécessité de prendre des décisions et donc des paris en permanence.

C'est paradoxal, dans la mesure où de nombreux salariés rêvent de devenir entrepreneur précisément parce qu'ils souhaitent pouvoir prendre davantage de décisions.

Il n'en reste pas moins que la première qualité que l'on demande à un chef d'entreprise est le courage de prendre des décisions et, donc assumer les conséquences en permanence. Décisions qui sont prises sans certitude, qui suscitent souvent des critiques et qui, parfois,  peuvent ne pas être les bonnes.

Normalement, avec les années, l'entrepreneur prend de l'expérience et est de plus en plus visionnaire : certaines décisions, correspondant à des cas de figure, vont de de soi. Le poids de certaines décisions devient de moins en moins lourd à porter.

Quoiqu'il en soit, l'entrepreneur évolue dans un environnement sans cesse changeant où ce qui était vrai hier, ne l'est plus forcément aujourd'hui. Si bien que le savoir-faire premier de l'entrepreneur est l'analyse des possibles. C'est d'ailleurs, en partie, ce que récompensent les gains parfois importants de l'entrepreneur. L'entrepreneuriat n'étant pas un jackpot , je ne prends jamais de paris inconsidérés : je prends toujours le temps d'analyser de façon précise les probabilités et je ne prends jamais de paris inconsidérés. Et pour cela, j'ai aussi besoin de faire conseiller. Parfois, cela retarde les projets, de façon significative, mais cela permet de diminuer drastiquement le nombre d'échecs, et plus le nombre d'échecs diminue, plus on a confiance en soi, plus il est facile de … prendre de nouveaux paris !

Réflexions sur le courage chez les entrepreneurs selon Hassan Hachem

Chaque histoire de réussite que j'ai rencontrée a commencé avec un fondateur qui a rapidement réalisé que le succès ou l'échec de l'entreprise reposait sur lui, annonce Hassan Hachem et non sur des causes extérieures. Cela avait pour conséquence le développement d’une certaine forme de courage : celui de se regarder en face, de reconnaître ses faiblesses, souvent difficiles à dépasser et de réaliser, un travail de remise en question.
Motivés pour s’améliorer en permanence, ils m'ont tous dit qu'ils avaient identifié, en eux-mêmes un contraste saisissant entre les moments où ils devenaient complaisants avec eux-mêmes (ils se ramollissaient) et ceux où ils étaient activement engagés à repousser leurs limites.

Ils étaient constamment dans une posture courageuse visant à cerner, en permanence, les limites de leurs compétences et des meilleures façons de s'améliorer. Ils ont vu les avantages cette conscience de leurs compétences et des marges de progressions associées, se traduire directement par une amélioration de leurs résultats chaque fois qu'ils entreprenaient de s'améliorer.
Bien que les mots utilisés pour décrire ce que signifie le courage étaient différents pour chaque personne que j'ai rencontrée, la définition générale englobait également, le fait de sortir du connu, de poursuivre quelque chose et d'agir de façon résolue et déterminée, malgré la possibilité d'obstacles.

Courage ne voulait pas nécessaire témérité. Il ne s’opposait pas non plus nécessairement à « peur ». Le courage signifiait que quoi que fît le fondateur ou l'entreprise, il ou elle le faisait exclusivement avec la conviction qu'un meilleur résultat se présenterait à la fin malgré des moments d'incertitude, parfois profond et prolongés.
Les entrepreneurs des entreprises prospères parlent également d'un effort continu pour laisser le courage prévaloir quand ils voulaient parfois se cacher et chercher le confort dans le connu.
Certains entrepreneurs ont révélé que par le passé, même lorsque le connu ne fonctionnait pas, ils n'avaient pas eu le courage de changer, d'adapter ou d'aborder ce qui devait être fait.

Mais quand ils ont découvert que le courage permettait de faire résoudre les problèmes plus rapidement, ils ont accepté la nécessité d'une poussée de courage aussi souvent que nécessaire pour garder leur entreprise compétitive ou la développer.
Je pensais que dans les économies et les cultures plus établies comme de l’Europe, le courage n'a pas autant de valeur au que dans les économies plus fluides ou plus tumultueuses, comme celle de la Grèce, ce courage ne serait pas dosé de la même façon. Mais mes rencontres ont démontré qu’universellement, le courage est également proportionné dans toutes les conversations avec des entrepreneurs.
Peu importe d'où l'entrepreneur venait ou opérait, le courage était un ingrédient nécessaire au succès.
Avec les cultures, les monnaies, les économies et la concurrence évoluant à un rythme jamais vu auparavant, la capacité de répondre aux opportunités et aux défis avec courage est une condition de réussite. Seuls ceux qui sont prêts à s'éloigner du traditionnel, conventionnel et connu de manière délibérée survivront pour trouver le succès.

Pour certaines personnes au démarrage, un effort sincère pour discuter de stratégies courageuses est l'approche préférée. D'autres cherchent le courage d'un fondateur pour les mener vers des pâturages réussis. Tandis que certains dirigeants parlent de lire des livres inspirants et de tisser des liens avec d'autres entrepreneurs, d'autres parlent de compter sur leurs exploits physiques personnels et leurs défis comme une boussole de courage.
Pour chaque entrepreneur et chaque entreprise, la façon dont il a trouvé et conservé son courage est différente. Mais ils ont tous exploré ce qui fonctionnerait pour eux et se sont engagés à garder le courage avec eux à l'avant-garde du démarrage, du scaling et de la gestion de leurs entreprises.

Pour moi, le courage a toujours été une chose très personnelle et pour être honnête, j'ai évolué au fil du temps avec le succès et l'échec.
Et au final, la conclusion à laquelle j’en arrive est que chaque personne est responsable de son propre dynamique de réussite et de succès, qui dépend étroitement de la place accordée au confort, d’une part, et au courage, d’autre part. Peu importe où vous évoluiez dans le monde ordinaire ou dans votre activité professionnelle, sans courage, la probabilité de succès à long terme semble être bien moindre.
Donc, quel que soit votre prochain projet, faites-le avec une intention courageuse. Vous aurez davantage de chance qu’il se réalise.